Le rôle du transport dans les Objectifs
du Millénaire pour le Développement (OMD)
La relation entre le transport
et la pauvreté n’est pas toujours reconnue de manière
explicite ; souvent l’on ne l’a cité qu’implicitement
dans le cadre de la nécessité de créer
davantage de possibilités d’accès aux opportunités
d’emploi, aux infrastructures de santé, à
celles de développement agricole, ainsi qu’aux
réseaux d’inclusion sociale. L’importance
du transport par rapport à autant d’autres facteurs
rend l’investissement capital dans le secteur pour en
faire un catalyseur de la réalisation des OMD.
Au sommet du Millenium de septembre 2000,
les Etats membres des Nations Unies ont convenu d’une
politique qui permettrait d’évaluer les progrès
en terme de développement par rapport aux OMD. Le but
est d’axer les efforts de la communauté internationale
sur l’accomplissement d’améliorations dans
les conditions de vie, l’établissement de facteurs
permettant de mesurer les résultats, non seulement pour
les pays émergents mais également dans les pays
riches qui soutiennent financièrement les projets de
développement, ainsi que les organisations multilatérales
qui assistent dans l’exécution de ces projets.
En dépit de l’influence
envahissante du transport sur l’efficacité dans
les autres secteurs, sa contribution à la croissance
économique, son importance en terme d’allocation
de financements (le transport constitue le secteur le plus important
dans les opérations de l’UE, et de la Banque mondiale),
les OMD insistent sur son importance dans le processus global
de développement. Ci-dessous par exemple, le Projet Millenium
y fait encore une fois référence dans le cadre
de la publication de l’évaluation des besoins pour
2004, soulignant que la compréhension du rôle du
transport dans le développement est faible et se concentre
uniquement sur les routes au dépens des demandes plus
complexes associées à une véritable amélioration
de la mobilité et de l’accès.
« Il n’existe
aucun objectif spécifique au sein des OMD visant
l’amélioration des infrastructures de transport.
Cependant, ces infrastructures qui incluent, les réseaux
routiers, les systèmes ferroviaires et portuaires,
permettent aux communautés agricoles d’accéder
aux marchés locaux comme internationaux, facilitent
le maintien à l’école des enfants
vivant dans des zones éloignées, permet
aux pouvoirs publics de d’offrir des services publics
de manière efficace et à moindre coût,
tout en diminuant les coûts de l’entreprenariat.
Il est donc nécessaire d’inclure le transport
dans plusieurs objectifs, dont l’Objectif No 1 qui
tente de réduire de moitié la population
vivant dans la pauvreté absolue, et de considérer
le transport comme une condition absolue pour atteindre
la croissance économique ».
The
Millennium Development Goals Needs Assessment, Country
Case studies of Bangladesh, Cambodia, Ghana, Tanzania
and Uganda.
Working paper, January 04
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Un examen minutieux de chacun des OMD fait ressortir clairement l’action catalytique du transport :
Objectif 1 - Réduire l’extrême pauvreté et la faim. Les trois quarts de la population mondiale touchée par la faim chronique vivent en zones rurales. Ainsi, aider les agriculteurs à augmenter leurs productions est un moyen efficace de réduire la faim et la pauvreté. En investissant dans des infrastructures et services de transport perfectionnés, on peut efficacement baisser les prix des intrants, accroître la production agricole et diminuer le pouvoir monopolistique des commerçants de produits agricoles en facilitant l’accès aux marchés. La sécurité alimentaire est déterminée par le pouvoir d’achat et, par conséquent, le niveau et l’emplacement géographique des opportunités d’emploi. Les investissements consacrés au transport facilitent non seulement l’accès à l’emploi, mais ils en créent également.
Objectif 2 - Assurer l’éducation primaire pour tous. L’éducation en zones rurales est coûteuse en termes de temps, d’énergie et d’argent. Les taux d’abandon sont élevés et il est difficile d’attirer et de retenir du personnel enseignant de qualité dans les écoles rurales. La distance entre la maison et l’école, le manque d’infrastructures et de services de transport appropriés et bon marché pour se déplacer, et le temps qu’exige de tels déplacements, sont autant d’entraves à cet objectif. L’amélioration de la mobilité peut également alléger les tâches domestiques, qui sont un obstacle à la scolarisation, particulièrement des jeunes filles.
Objectif 3 - Promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes. Le fardeau du transport en termes de temps et d’efforts pèsent souvent plus lourd sur les femmes. Elles ont un accès et un contrôle limités sur les ressources et moins d’opportunités que les hommes d’utiliser les technologies de transport. En consacrant plus d’investissements aux infrastructures et aux services utilisés par les femmes et appropriés à celles-ci, on peut augmenter considérablement leur temps utile. L’amélioration de la mobilité donne le pouvoir aux femmes d’avoir plus de contrôle sur leurs vies en facilitant leur accès aux marchés, leur ouverture à l’éducation et à l’information, leurs opportunités de participer à la production de revenus, aux activités communautaires et politiques, et en renforçant la parité entre les deux sexes.
Objectifs 4 et 5 - Réduire la mortalité infantile et améliorer la santé maternelle. Plus de 60% de la population des pays pauvres vivent à plus de huit kilomètres d’un centre de santé, et il existe un lien direct entre les taux de mortalité infantile, juvénile et maternelle et la distance des services de santé. En améliorant la mobilité, on a obtenu des résultats mesurables tels que l’augmentation du taux de vaccination des enfants.
Les facteurs qui contribuent à la bonne santé de la mère et de l’enfant tels que les soins prénatals et post-partum, l’accouchement en présence d’une sage-femme, et la disponibilité de services obstétriques d’urgence sont compromises par les distances des centres de santé, et les services de transport limités, inappropriés et coûteux. Les gens rechignent à se rendre à l’hôpital si les déplacements sont longs et lents et lorsqu’ils voient leurs revenus baisser pour arrêt de travail. En même temps, la mauvaise prise en charge et le mauvais positionnement des patients, particulièrement des femmes enceintes, pendant le transport, peut entraîner des blessures secondaires graves.
Objectif 6 - Combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies. Les coûts de transport sont un obstacle majeur à toute personne qui désire ou fournit des soins de santé durables. Les programmes de vaccination et de lutte contre la maladie sont compromis par la perturbation de l’administration sûre et opportune des vaccins, et l’accès limité empêche les consultations fréquentes des patients.
La propagation du VIH/sida a été aggravée par la mobilité accrue des individus et employés du secteur du transport. Les points de transbordement, les corridors routiers et les chantiers de construction et d’entretien d’infrastructures constituent des endroits à haut risque de contamination au VIH/sida.
Objectif 7 - Assurer un environnement durable. La dégradation de l’environnement a un très grand impact sur les conditions d’existence des pauvres, car elle augmente leur vulnérabilité aux catastrophes naturelles et causées par l’homme. Le transport a une influence négative sur l’environnement : les émissions de gaz à effet de serre, la pollution sonore, la déforestation et la contribution à l’expansion tentaculaire des villes. Or, le transport offre de nombreuses possibilités de minimiser ses effets externes et de mettre au point des technologies respectueuses de l’environnement. La promotion du transport public durable et des véhicules non motorisés et le développement de voies navigables traditionnelles peuvent contribuer à la préservation de l’écologie.
Objectif 8 - Mettre en place un partenariat mondial pour le développement. Le transport permet de relier les zones rurales au reste du monde. Il instaure des rapports durables entre les communautés rurales et leurs marchés, met les personnes isolées en contact avec leurs représentants élus, soutient les grands réseaux sociaux, et aide de manière générale à l’autonomisation des communautés et des individus en apportant la liberté de mouvement. En donnant et en soutenant les opportunités de mobilité rurale, le transport s’érige en catalyseur clé d’un partenariat mondial pour le développement.
Après 2007
L’année 2007 marque la moitié du parcours vers l’horizon 2015 pour atteindre les OMD, et pendant que les donateurs changent leurs priorités pour les aligner à ces objectifs, certains organismes bilatéraux choisissent de quitter tout simplement le transport. Dans ce contexte, le secteur du transport aujourd’hui se préoccupe de justifier son lien avec la réduction de la pauvreté et sa contribution intersectorielle à l’atteinte des OMD.
En avril 2005, une déclaration des Ministres africains en charge du transport et des infrastructures a reconnu l’importance du rôle du transport et des infrastructures dans la réalisation des OMD.La déclaration fixe des objectifs portant particulièrement sur la mobilité, la sécurité routière et l’environnement, à atteindre à l’horizon 2015. Elle comprend un engagement à réduire de moitié la proportion de populations rurales vivant à plus de deux kilomètres d’un moyen de transport utilisable en toutes saisons en Afrique. Un document de travail élaboré par la Banque africaine de développement, la Banque mondiale et l’Union européenne a fixé un cadre des indicateurs de transport conformes aux OMD.
Pendant ce temps, des nouveaux programmes intersectoriels tels que le Programme International de Recherche en Réseau sur la Mobilité et la Santé de l’IFRTD promeuvent la collaboration entre les secteurs pour réaliser les OMD. Le programme de Mobilité et de Santé bénéficie du financement bilatéral des secteurs de la santé et du transport.
Certaines initiatives relatives aux OMD commencent à aborder le transport comme une question transversale. Par exemple, le Projet des Villages du Millénaire (PVM), une initiative dirigée par Jeffrey Sachs au Earth Institute de l’Université de Columbia et supervisée par le Projet objectifs du Millénaire des Nations Unies, œuvre pour fournir des gammes intégrées d’interventions de développement à douze villages pilotes en Afrique. Aujourd’hui, le transport figure en bonne place sur l’agenda du PVM et, bien que les investissements initiaux soient concentrés sur les routes, il y a des signes que les services en bénéficieront également. Un village a déjà reçu un camion modifié pour servir au transport des marchandises et d’ambulance.
Il est aujourd’hui important que le secteur du transport fasse fonds sur cet acquis et cesse de se limiter à parler du lien qui existe entre le transport et les OMD, pour se concentrer sur la responsabilité du secteur du transport dans l’atteinte des OMD et de celle des autres secteurs du développement d’insérer systématiquement les questions du transport dans leur programme.
Le Rapport annuel 2005 de l’IFRTD met un accent particulier sur le lien entre le transport et les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Cliquer ici pour télécharger le rapport (Acrobat 1,3 Mo)