Des consultations publiques pour concilier la route et l’environnement
Nous sommes dans un pays d’Afrique au sud du Sahara, fraîchement
sorti d’un long cycle de conflits armés qui a entraîné destruction et pauvreté. C’est dans les zones rurales, zone ayant très souvent servi de théâtre aux opérations militaires, que l’impact de la guerre a été le plus pitoyable. Dieu merci, nous nous en sommes tirés, grâce au consensus sur le mode d’accession au mandat politique, les élections. Au lendemain de ces élections, les tractations politiques cèdent la place à un ambitieux programme de reconstruction. Il faut, en effet, tout reconstruire en République Démocratique du Congo.
Les transports prennent progressivement la tête des priorités. En reliant, par des routes praticables et bien entretenues, l’ensemble des provinces du pays, les transports permettront de reconstruire l’unité nationale, tout en pourvoyant à la reconstruction des autres infrastructures de base.
Cependant, il convient de se demander si, au delà de cet impact potentiel et vital attendu des routes, il n’y aura pas accélération de la destruction de l’environnement, lequel, croit-on savoir, a été sauvegardé tant bien que mal par l’état actuel de ces routes. Plusieurs études menées au pays sur l’impact des programmes antérieurs de réhabilitation des routes ont montré que le revers de l’amélioration socioéconomique des conditions de vie des bénéficiaires de réhabilitation est la destruction de l’environnement. Est-ce pour autant qu’il ne faut plus construire des routes ? C’est la question qui fait l’objet des consultations publiques actuellement entreprises sur une partie du réseau à réhabiliter.
Ces consultations publiques, financées d’ailleurs par ceux là mêmes qui veulent financer les routes, offrent une tribune exceptionnelle pour la réflexion sur les conséquences directes et indirectes, dans un contexte particulier, des transports sur l’environnement et suggèrent des mesures de mitigation pour concilier les deux.
Les consultations publiques permettent à la fois d’associer les populations bénéficiaires des actions du projet à la conception de celui-ci tout en les impliquant dans la protection de leur propre environnement, dans toute sa biodiversité.
Au cours d’une de ces consultations publiques, l’état des lieux général dressé sur l’environnement a montré que l’absence des transports est aussi cause de la destruction de l’environnement, du fait qu’elle déprime les activités agricoles au profit des activités minières (recherche du diamant) et des activités de chasse pour répondre aux besoins alimentaires des creuseurs du diamant. Ce qui veut dire, et ça a été vérifié, que l’absence des transports expose les sites classés à des violations constantes à la fois par des creuseurs, qui y ouvrent des nouvelles carrières d’exploitation minière, mais aussi par des braconniers, qui les nourrissent.
En effet, sur ces routes totalement détruites, c’est le vélo qui valorise les produits agricoles en les acheminant dans les zones de concentration des creuseurs du diamant. Sur une longueur de 500 km qui séparent Kisangani de Aketi, la route traverse une région d’intense activité minière. Les foyers miniers sont dispersés de part et d’autre de la route. Les plus actifs sont situés en profondeur, loin du réseau routier. Les distances à parcourir sont de l’ordre de 200 à 400 km. C’est le propriétaire du vélo, à la fois commerçant ambulant, qui achète directement auprès des paysans les produits agricoles pour les revendre dans les zones diamantifères. Face à la multitude des paysans disposés à lui offrir ses produits, il exerce une sorte de monopole. Ce monopole se traduit par l’achat à des prix dérisoires.
Dans les zones les plus reculées, la situation des paysans est encore plus dramatique puisque le vélo répugne tous les produits pondéreux (tels le maïs, le manioc ou le riz). Ici il faut se démarquer par son offre. C’est alors que le gibier (et malheureusement les espèces protégés), produit léger et qui peut bien se conserver (notamment par fumaison : viande boucanée), attire l’attention de l’acheteur. Ce produit est de loin plus rémunérateur que les produits agricoles. Il devient dans ce cas le produit que tout paysan voudrait bien offrir pour subvenir à ses besoins. Et c’est le braconnage qui s’intensifie dans une zone pourtant bien enclavée !
Les participants à la consultation publique (au nombre desquels se trouvaient les acteurs de la destruction actuelle) pensent que si la route est réhabilitée et que les transports deviennent accessibles à tous, cela pourra revaloriser leurs produits agricoles et les amener à s’y concentrer. Il n’est pas exclu que même les creuseurs actuels de diamant, en nombre pléthorique par manque d’alternative de survie (et finalement très faiblement rémunérés) reviennent sur les champs pour desservir un important marché (industries agro-alimentaires) situé en aval de ladite zone. Il va falloir, dans ce cas, mettre à la disposition de l’agriculture les progrès réalisés dans les connaissances et savoir-faire sur les techniques de culture et d’amélioration des rendements, de manière à ce que l’agriculture ne s’illustre pas, à son tour, dans la destruction de la forêt ni dans l’exaltation des conflits fonciers fratricides entre villages. Les transports pourront alors pleinement contribuer à la sauvegarde de l’environnement.
Idesbald Chinamula
Consultant en « Transport et Développement Durable»
ECODED /
Membre du GFN RDC
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