PROPOSITION GAGNANTE – FOIRE AUX OPINIONS DE L’IFRTD (juillet 2007)
Le temps de passer à l’action par Naboth Juma Okoth
L’emploi décent peut être considéré comme une situation de travail permettant à une personne au moins de se prendre en charge et de sa famille au-dessus d’un seuil de pauvreté raisonnable. L’emploi est important parce que plus de 90 pour cent des gens dépendent d’une forme de travail pour vivre, en particulier dans les pays du tiers-monde où les niveaux d’investissement sont encore très faibles.
Il ne saurait être excessif de dire que partout, il existe un lien direct entre le transport rural et l’emploi. Toute zone rurale sans infrastructure et système de transport développé ne peut qu'être enclavée et pauvre, même si elle est riche en ressources précieuses. Pourtant, de nombreux gouvernements ne fournissent pas souvent des efforts conscients pour développer le transport rural, et manquent ainsi l’opportunité d’améliorer les conditions de vie de sa population en créant plus d’emplois.
En Afrique de l’Est, à l’ouest du Kenya, les forces du marché ont vécu l’introduction complète du système de transport rural, qui est passé de la marche, pour couvrir de longues distances, aux charrettes traditionnelles à bœufs ou à ânes et, enfin, aux bicyclettes baptisées boda-boda qui cèdent progressivement la place aux motos et aux tricycles communément appelés tuk-tuk. Plus de 70% de la masse terrestre du Kenya est classée zone rurale et est essentiellement caractérisée par des mauvaises routes, praticables seulement en saison sèche, rendant ainsi le transport motorisé très coûteux ou parfois absolument inaccessible. Par ailleurs, avec plus de 51% des Kenyans vivant en dessous du seuil de pauvreté, les coûts de déplacement élevés mettent le transport motorisé hors de portée de la majorité de la population. En conséquence, la demande en moyens de transport motorisé n’est pas forte, ce qui se traduit par un faible taux d’utilisation et de fiabilité.
Il serait intéressant d’examiner le cas kenyan du district de Kisumu où la bicyclette, en moins de dix ans, a réussi à surmonter les limites des infrastructures existantes pour s’imposer comme moyen de transport rural fiable et bon marché, en créant des emplois directs à plus de 17 000 personnes, dont 70 pour cent sont issues des zones rurales. Les taxis-bicyclettes rapportent en moyenne trois dollars par jour. « Depuis six ans, je nourris ma famille grâce à cette activité. Mes enfants vont à l’école et j’ai réalisé des investissements de base », ajoute Thomas Nyumba du groupe Bicycle Transporters Self Help (Initiative des Transporteurs par Bicyclette). En dehors des transporteurs par bicyclettes, il y a des gens qui achètent des vélos pour les louer à ceux qui peuvent les utiliser pour le transport contre un tarif quotidien d'environ 1 dollar.
| “Les conducteurs de boda-boda sont mon mari parce qu’ils achètent mes marchandises, procurant ainsi les moyens d'existence à moi et à mes enfants. En plus, ils transportent également mes ustensiles de cuisine de ma maison au kiosque, et vice versa, tous les jours. Sans eux, je ne serais rien" |
En dehors des personnes employées directement dans le transport par bicyclette, il y en a dont les activités du transport rural facilitent le travail. Il s’agit des mécaniciens de bicyclette, des vendeurs de pièces de rechange à tous les niveaux, des commerçants, des marchands ruraux, pour n’en citer que quelques-uns. Kisumu compte environ cinq cents techniciens qui dépendent entièrement du transport par bicyclette. Nous avons également cinquante grands magasins qui vendent des bicyclettes, chacun employant au moins cinq personnes. Deux cents kiosques, qui emploient au moins une personne, vendent des pièces de rechange.
Pour Angelina Agwambo, veuve et mère de quatre enfants qui gère un kiosque de nourriture : « Les conducteurs de boda-boda sont mon mari parce qu’ils achètent mes marchandises, procurant ainsi des moyens d'existence à moi et à mes enfants. En plus, ils transportent également mes ustensiles de cuisine de ma maison au kiosque, et vice versa, tous les jours. Sans eux, je ne serais rien. » On estime à plus de trois cents les kiosques de nourriture qui emploient en moyenne quatre personnes, principalement dans les grands centres commerciaux, les terminaux et les parkings. Les effets d’entraînement en amont et en aval des bicyclettes dans cette région soulignent leur importance en tant qu’employeur rural incontestable, en particulier dans le secteur informel, sans oublier les milliers d’autres personnes du monde de l’emploi formel qui se rendent tous les jours au travail grâce à ce moyen de transport.
Le cas de Kisumu n’est pas unique au Kenya, encore moins en Afrique. Il existe de nombreux moyens de transport rural dans bon nombre de régions rurales qui créent directement de l’emploi, facilitent et/ou soutient l’emploi avec un fort effet multiplicateur. Bien que ce secteur doive relever d’innombrables défis parmi lesquels, le mauvais état des infrastructures, les faibles avancées technologiques, l’absence de cadres juridiques et de politiques gouvernementales claires, l’accès limité au crédit et aux autres services financiers. Il est impératif que les organisations multilatérales, les gouvernements et les autres acteurs du développement se concentrent à nouveau sur le transport rural si l’on veut parvenir à un développement significatif et global dans le monde. Cela passe par la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.
Plusieurs propositions ont été faites pour relever les défis posés par les systèmes du transport rural ; le plus important étant l’implication de toutes les parties prenantes dans la planification et la mise en œuvre d’actions spécifiques visant à répondre à ces défis. Le cas échéant, le gouvernement pourra être amené à accorder des subventions, des motivations et des incitatifs pour stimuler les domaines qui tardent à décoller. Toutes les sphères devraient en être concernées, y compris le secteur financier (plans de crédit), le développement des infrastructures, le développement et le transfert des technologies, etc.
Pour impliquer tout le monde dans la création des richesses et le développement économique, il faut mettre le transport rural sur la bonne voie. L’impulsion a déjà été donnée, mais nous devons continuer de le faciliter
Cette opinion est une contribution de Naboth Juma Okoth, du groupe de l’Initiative des Transporteurs par Bicyclette au Kenya.
Contact: njokoth@yahoo.com
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